Seconde main et Stratégie RH, quel rapport ?
Tribune publiée dans Focus RH le 02/10/2024
Alors que le nombre d’utilisateurs des plateformes telles que Leboncoin, Geev ou encore Vinted ne cesse d’augmenter, comment les entreprises peuvent-elles s’inspirer de cette tendance pour venir nourrir leur stratégie RH ? Certes, vous ne vous imaginez peut-être pas encore en train de revendre à votre collègue Sophie votre dernier costume de Casimir acheté pour les 40 ans de votre ami Paul, mais il y a plein d’autres choses possibles, et certainement encore plus à inventer.
De “nouvelles” façons de consommer
14 milliards d’euros, c’est le chiffre d’affaires en 2023 du marché de la seconde main en France selon une étude Xerfi publiée en mars 2024.
Face aux enjeux environnementaux et économiques, de “nouvelles” façons de consommer sont apparues depuis plusieurs années : achat d'occasion, don, prêt, location, échange, reconditionnement, réparation... De nombreuses entreprises en sont d’ailleurs nées, ou en ont été grandement développées : Leboncoin, Vinted, Geev, Allo voisins, Back Market, Murfy… Nous notons également ces dernières années que des entreprises plus historiques ont, elles aussi, intégré la seconde main dans leur offre : Petit Bateau, Cdiscount, Leroy Merlin pour n’en citer que quelques-unes ... Terminé donc de parler d’effet de mode ! Il est plus juste de parler de nouveau mode de consommation.
L’essor de la seconde main, un acte d’engagement
L’étude de l’ADEME « Objets d’occasion : surconsommation ou sobriété ? », réalisée en janvier 2023 avec l’université Paris Dauphine-PSL et le Crédoc, expose trois chiffres particulièrement intéressants :
- Une majorité des Français (54%) plaide en faveur d’une révision partielle du modèle de consommation en privilégiant le réemploi, la réparation, le recyclage et les services partagés.
- 81% de la population estiment qu’il s’agit d’une source de fierté
- 91% qu’il s’agit d’une pratique bénéfique à l’environnement
On voit donc comment ce mode de consommation, appliqué et/ou soutenu au sein de l’entreprise peut trouver une place dans le cœur des collaborateur.trice.s.
Des collaborateur.trice.s toujours demandeurs d’avantages complémentaires au salaire
La seconde édition du baromètre annuel « Les salariés du privé et les avantages sociaux », réalisée par OpinionWay et May, et parue en septembre 2024, souligne que 6 salariés sur 10 expliquent ne pas disposer de revenus suffisants et devoir arbitrer entre dépenses nécessaires et achats plaisirs. 50 % des salariés expliquent avoir du mal à s’en sortir financièrement, et ce quelle que soit la classe sociale.
Alors si évidemment les entreprises, PME, ETI ou grandes entreprises ne vont pas pouvoir d’un coup de baguette magique augmenter les salaires de leurs équipes de 10%, quand bien même elles puissent intégrer davantage les avantages salariaux dans leur proposition de valeur RH, il existe aussi une nouvelle voie à explorer, celle de faciliter l’accès à des produits non neufs mais en bonne état, dit autrement, la seconde main.
Une opportunité qui n’est pas la chasse gardée des start-ups à impact, sociétés à mission ou acteurs de l’ESS
Tout comme l’économie circulaire a gagné des galons dans les business models des entreprises, la seconde main peut elle aussi prendre une place importante dans l’expérience collaborateur proposée par toute entreprise.
D’une part, à travers un recours à la seconde main pour l’entreprise en tant que telle. Ecoutez ce que pourrait dire une de vos collaboratrices lors d’une discussion avec ses amis : “Dans ma boite, plutôt que d’acheter du neuf, ils ont fait le choix de tout aménager avec des objets de seconde main. C’est cool non ?”
Et d’autre part, cette même seconde main peut devenir aussi un des axes de votre offre de service RH. Ecoutez maintenant ce qui pourrait s’entendre à la machine à café “Tu as vu, ils refont la Grande Braderie du Printemps ! L’année dernière, j’avais trouvé plein de trucs chouettes pour mes enfants et moi.”
Seconde main X Stratégie RH = des idées attractives pour votre marque employeur
La réflexion proposée autour de la seconde main peut également s’élargir autour de l’économie du partage et de la réparation. Voici quelques idées.
Et si demain vous pouviez, sur le parking de votre entreprise, louer la voiture de votre collègue pour partir en week-end ?
Et si demain le karcher, la tronçonneuse, la grande échelle etc. étaient achetés par votre entreprise pour être ensuite proposés en location à vos équipes ?
Et si demain au lieu d’offrir des cartes cadeaux à Noël, vous optiez pour des abonnements Geev ?
Et si demain 100% de votre flotte de portables et ordinateurs était du reconditionné ?
Et si demain vous organisiez deux fois par an un vide grenier dans les bureaux ?
Et si demain, pour préparer la rentrée scolaire, un espace de don se tenait à l’accueil ?
Et si demain en alternative au cours de yoga proposé le jeudi midi, c’était atelier réparation ?
Et si demain pour aménager les salles de pause, vous optiez pour des meubles chinés chez Emmaüs ?
Et si demain lors de votre prochaine Christmas Party, vous passiez de “cadeau à moins de 10 euros, à cadeau 100% seconde main ?”
Alors oui, les idées ne manquent pas. Et peut-être me direz-vous avec un petit sourire en coin qu’avec des “Et si” on peut refaire le monde ! Mais n’est ce pas justement ce que nos générations et les prochaines vont devoir faire ? Et quand bien même ce type de démarche n’est pas LA solution à tous les maux, il me semble qu’elle a le mérite de donner vie à des valeurs, d’incarner une certaine culture d’entreprise et de créer, si ce n’est une préférence, une appréciation positive de ses collaborateur.trice.s. On s’y met ?